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L'ïle de Pâques

« Il est, au milieu du Grand Océan, dans une région où l'on ne passe jamais, une île mystérieuse et isolée ; aucune autre terre ne gît en son voisinage et, à plus de huit cents lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l'environnent. Elle est plantée de hautes statues monstrueuses, oeuvres d'on ne sait quelle race aujourd'hui dégénérée ou disparue, et son passé demeure une énigme. J'y ai abordé jadis, dans ma prime jeunesse, sur une frégate à voiles par des journées de grand vent et de nuages obscurs ; il m'en est resté le souvenir d'un pays à moitié fantastique, d'une terre de rêve. »
Pierre Loti, Journal d'un aspirant de la Flore, janvier 1872

 

L'île de Pâques, le rêve ultime des voyageurs, titrait le magazine GEO. Il ne nous en fallait pas plus pour titiller notre curiosité. L'île est située à près de 3 700 kilomètres des côtes chiliennes, avec un vol quotidien au départ de Santiago; nous ne serons jamais aussi près de ces mystérieuses statues de pierre. La décision est prise, nous passerons Noël dans ce petit paradis, dernière frontière du Pacifique.

L'aventure commence dès l'aéroport de Santiago. Le profil des voyageurs embarquant avec nous tranche nettement avec celui que nous voyons d'habitude en Argentine. Beaucoup de français, beaucoup de baroudeurs et quelques familles en partance pour un tour du monde avec escales. Et puis, après 6 heures de vol, l'île se dessine enfin, petite, découpée et tellement loin de toute terre habitée.

L'accueil est chaleureux avec des accents polynésiens, colliers de fleurs fraîches et ukulele, Tahiti n'est qu’à 3 000 kilomètres plus à l'ouest. Une bruine fine nous accompagne jusqu'à notre hôtel où notre guide prend rapidement notre groupe en charge. Un déjeuner rapide et nos premiers moaï nous attendent.

Le journal disait « le voyageur a beau s'y préparer, la première rencontre avec les moaï est un choc ». Et c'est vrai. Le soleil n'est toujours pas au rendez-vous mais l'émotion, elle, est bien là. L'anse de Tongariki nous dévoile nos premiers Moaï, un alignement majestueux de quinze dieux de pierre, dos à la mer dans un paysage de falaises et de landes. Magique. Nous marchons avec les enfants en silence, admiratifs, impressionnés, émus, touchés. La bruine ininterrompue ne nous permet pas de nous attarder, nous reviendrons.

L'île compte 887 moaï au total, taillés entre le IXe et le XVIIe siècle, tous de taille et de style différents suivant les époques et les sculpteurs. De quatre mètres de haut et douze tonnes en moyenne, ces statues ont toutes été renversées à partir de 1680, lors des guerres civiles. Beaucoup restent couchées mais les scientifiques qui se sont succédé au XXe siècle ont tout de même réussi à en redresser quelques dizaines. On dit que la nuit, les moaï marchent et visitent les rêves des humains. C'est ce que notre guide nous apprend le jour suivant alors que nous nous rendons dans la carrière du volcan Rano Raraku. Là nous découvrons des centaines de colosses plantés à même la colline, comme figés, abandonnés à leur sort. Il s'agit en fait de la carrière aux moaï. C'est là que nombre de moaï de l'île ont vu le jour il y a plusieurs centaines d'années, taillés à même la roche. Puis transportés debout, glissant sur un tapis de pierre, ce qui donnait à ces colosses l'impression de marcher...

Un peu d'histoire: Nous avons un guide passionnant et polyglotte. Il passe de l'espagnol au français et au tahitien avec une facilitée déconcertante. Depuis sa découverte par le hollandais Jakob Roggeveen le jour de Pâques, Rapa Nui (« grande terre » en polynésien) n'a de cesse d'intriguer. Que sait-on de ses habitants, d'où venaient-ils ? Comment ont-ils pu affronter les océans il y a plus de dix siècles ? Comment quelques centaines d'hommes ont-ils pu tailler et déplacer de tels colosses ? Chacun apporte un élément de réponse, mais les rapa nui, eux, savent. Ils savent tout, mais ne veulent rien dire. C'est le secret le mieux gardé de l'île. Pour eux, cela ne fait aucun doute, les moaï marchent la nuit.

Rapa Nui nous réserve d'autres surprises, plus tard, dans la journée. Il y a d'abord cette plage aux moaï, la playa Anakena. C'est là qu’aurait débarqué Hotu Matua, le légendaire roi fondateur de l'île. Un peu plus loin, une plage plus petite nichée au creux d'une falaise volcanique, sables purs et dorés, eau limpide... la playa Ovahe peut dignement figurer au palmarès des plus belles plages de la planète. Nos appétits de voyageurs sont comblés. La nuit tombant, nous rentrons à l'hôtel où danses et chants polynésiens viendront rapidement nous rappeler que nous sommes le 24 décembre.

Troisième jour à Rapa Nui, c'est le jour du culte des hommes-oiseaux. Après une longue marche autour du volcan Rano Kau (1,6 kilomètre de diamètre, 300 mètres de profondeur), nous arrivons au sommet, haut lieu de culte du dieu Make-Make. Au XVIIe siècle, la caste de guerriers qui prit le pouvoir imposa une compétition aussi sportive que terrible. Les champions de chaque clan partaient du sommet du volcan pour aller chercher l'oeuf d'un oiseau de mer, la frégate, pondu sur un îlot au large. Le premier arrivé sain et sauf à l'issue de ce biathlon sans merci se voyait doté du statut d'homme oiseau.

Plus tard, bien plus tard, Kevin Costner est venu rendre hommage à ces guerriers à travers la super production hollywoodienne Rapa-Nui. Tito, notre guide, jouait le rôle d'un de ces guerriers et nous affirme que Kevin a laissé un très bon souvenir sur l'île. Le film a été une vraie manne financière pour ses habitants.

La culture rapa nui a failli totalement disparaître. Dans les années 1870, il ne restait plus que 111 habitants sur l'île, issus de 36 familles. Les autres étaient morts durant les guerres civiles, de faim, ou encore victimes des envahisseurs esclavagistes. Les Pascuans obtinrent finalement la nationalité chilienne en 1966. Ils vivent depuis principalement de l'élevage, du tourisme ou de l'artisanat. Beaucoup sont partis quelques années travailler au Chili. Mais ils reviennent toujours. La présence de cette mer et de ces dieux de pierre les rassure. On deviendrait presque comme eux.

Notre dernier jour sur Rapa Nui est tourné vers la mer. Plage et plongée sous-marine sont au programme. Encore une surprise que nous réserve l'île. Les fonds sous-marins y sont parmi les plus intéressants du monde de par la diversité de la faune et de la flore. Quant à la transparence de l'eau, c'est une des plus élevées du globe, on peut y voir jusqu'à 60 mètres de profondeur.

Nous passons notre dernière matinée dans la seule et unique bourgade de l'île la paisible Hanga Roa. Petits restaurants, bars, magasins d'artisanat, palmiers et douceurs polynésiennes. Notre avion ne va pas tarder, sur cette piste qui a été agrandie dans les années 90 pour accueillir la navette spatiale américaine en cas de problème. Une dernière anecdote qui nous plonge dans un rêve fou, imaginer ces premiers habitants de rapa nui, aussi forts de leurs certitudes que de leur isolement, les imaginer un instant voir atterrir ce géant d'acier et de feu, l'aboutissement peut-être du rêve le plus fou de l'homme, l'espace. Alors oui, les moaï avaient une raison d'être, ils sont la preuve et pour longtemps que l'homme peut se dépasser.